Le terrible guerrier (Conte africain)

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Une chenille se glissa dans le terrier d’un lièvre, Durant son absence ; un coin très sombre lui suffit ; elle se blottit et attendit.

De retour de chez lui, le lièvre remarqua vite la trace luisante laissée par la chenille. Mais, ne voyant personne, il demanda à haute voix :

–       Qui est là ?

Effronté, l’animal répondit :

–       Un terrible guerrier qui est plus fort que tout.

Tremblant de peur, le lièvre se sauva à toute vitesse en se disant :

« Que peut faire un animal comme moi en face d’un guerrier aussi terrible ? »

En route, il rencontra un chacal :

–       Ami chacal, veux-tu me rendre un service ?

–       Bien sûr, lièvre, que t’arrives-t-il ?

–       Viens chez moi et essaye de voir un peu quel est cet animal terrible caché dans ma maison. Il crie qu’il est plus fort que tout.

–       Allons-y.

Le chacal se dirigea vers le terrier ; devant l’entrée, il s’arrêta et cria :

–       Qui est dans la maison du lièvre ?

La chenille répondit immédiatement :

–       Je suis le guerrier, fils du chef-guerrier du Pays-qui-n’existe-pas ; j’écrase le rhinocéros et danse sur le corps de l’éléphant. Je suis invincible !

En entendant ces mots, le chacal recula épouvanté et dit au lièvre :

–       Je ne peux rien contre un tel ennemi. Allons-nous-en vite !

Le lièvre, plus désemparé encore, partit à la recherche du léopard et lui demanda de venir l’aider. L’animal accepta et se dirigea vers le terrier. Mais quand il entendit la chenille lui répéter qu’elle pouvait écraser un rhinocéros, le léopard dit au lièvre :

–       Que veux-tu que je fasse ? Si cet ennemi est capable de broyer un rhinocéros, il peut me réserver le même sort.

Le léopard s’en retourna, calmement, pour faire croire qu’il n’avait pas peur.

Alors le petit lièvre parti chercher le rhinocéros ; il savait que cet animal vaniteux ne refuserait pas d’aller vers l’ennemi invincible. Effectivement le rhinocéros accepta.

Sur le pas de la porte du terrier, il cria :

–       Qui es tu, ô animal qui t’es installé dans la maison de mon ami lièvre ?

Sans se démonter, la chenille répondit :

–       Viens, viens, rhinocéros ! Je suis le guerrier, fils du grand guerrier du Pays-qui-n’existe-pas ! J’écrase tous les rhinocéros que je rencontre et danse sur le corps des éléphants …

Le rhinocéros eut un frisson de frayeur et, tout tremblant, il dit au lièvre :

–       Il a dit qu’il pouvait m’écraser ! Mais alors, il vaut mieux que je m’en aille !

Plus découragé que jamais, le lièvre regarda le rhinocéros s’éloigner. A qui pouvait-il s’adresser maintenant ? L’éléphant seul accepterait, peut-être ?…

–       Ami éléphant, tu es mon seul espoir. Viens parler à ce guerrier féroce qui s’est installé chez moi : il a été plus fort que le rhinocéros et a dit qu’il danserait sur ton corps.

L’éléphant regarda le lièvre de toute sa haute taille et lui dit :

–       Ami lièvre, je n’ai aucune envie que l’on vienne danser sur mon corps, même si le danseur est le guerrier le plus valeureux du monde ! Au revoir, ami !

L’éléphant partit, majestueux et tranquille, tandis que le petit lièvre, assis sur ses pattes de derrière, se demandait en vain comment il allait faire pour se débarrasser de cet ennemi extraordinaire.

A ce moment passa une grenouille ; voyant l’air triste du lièvre, elle lui demanda ce qui lui était arrivé .

–       Si tu savais… J’ignore par quel mystère un ennemi étrange s’est introduit chez moi. Mais le fait est qu’il est terrible. Nul a osé l’affronter, ni le chacal, ni les rhinocéros, ni le léopard, ni l’éléphant !

–       Par exemple ! Quel est donc ce guerrier si terrible ?

–       Il dit qu’il est le fils du grand chef guerrier du Pays-qui-n’existe-pas !

–       De plus en plus étrange ! J’ai vraiment envie de faire connaissance de cet animal capable de vaincre tous les autres !

Ce disant, la grenouille se dirigea à petits sauts vers le terrier.

Elle cria :

–       Qui donc occupe la demeure de mon ami le lièvre ?

Plus que jamais sûre d’elle (n’avait-elle pas effrayé un chacal, un rhinocéros, un léopard et un éléphant ?), la chenille répondit de sa voix effrontée :

–       C’est moi , le plus courageux des guerriers, fils du grand chef du Pays-qui-n’existe-pas ! J’ai vaincu les plus forts des animaux sauvages et dansé sur le corps de l’éléphant !

La grenouille, qui était intelligente, ne se laissa pas impressionner par ces dires et sauta à l’intérieur du terrier. Elle se dirigea vers le coin d’où venait la sinistre voix en disant :

–       Bravo ! voilà un adversaire digne de moi !

Incrédule, le lièvre regardait avec admiration la grenouille.

Quand la chenille vit devant elle le petit animal vert, elle commença a trembler et murmura :

–       Aie pitié de moi, grenouille je ne suis qu’une simple chenille !

La grenouille ne dit rien et la fit sortir sous le regard ahuri du lièvre. Les deux animaux étaient tellement stupéfaits et amusés à la fois qu’ils ne songèrent même pas à lui faire du mal.

Le lièvre eut d’abord honte de sa lâcheté ; mais, pensant que des animaux bien plus forts avaient aussi eu peur, il se consola et dit à la grenouille :

–       Je te remercie, amie ; toi seule a osé défier un danger pour moi ; je ne l’oublierai jamais.

Puis il se mit à rire, tant il trouvait drôle qu’un simple ver les ait effrayé à ce point ; vraiment, ils avaient été tous tellement peureux qu’ils n’avaient même pas le droit de se venger. Et, d’ailleurs, la grenouille avait déjà pris la chenille sous sa protection…

 

Quand la forêt et ses hôtes apprirent cette histoire, ils rirent de bon cœur, durant bien des jours.

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