Le prince tortue (Conte Chinois)

Classé dans : Actualités, Histoires à la une | 0

Tout les amis de Feng disaient:

– Il a trop bon coeur !

En fait, Feng s’était ruiné à prêter de l’argent à ceux qui lui en demandaient. Aussi était-il réduit à la misère.

Hélas ! ceux qu’il avait secourus se gardaient bien de le reconnaître. Sauf un seul, mais c’était un pêcheur di pauvre qu’il ne pouvait restituer à Feng même le premier sou de l’argent qu’il lui avait emprunté.

Il était honnête et chaque fois qu’il pêchait une tortue, il la portait à Feng pour s’acquitter tant bien que mal de sa dette.

C’est ainsi qu’un jour, il apporta à Feng une tortue énorme qui avait une tache blanche sur la tête.

– Quelle étrange tortue ! dit Feng. Je n’en ai jamais vu de semblable.

Et il remit la tortue en liberté.

Les jours passèrent et Feng oublia.

Un jour, au coucher du soleil, pour retourner chez lui, il logeait une rivière sur un sentier si étroit que deux personnes ne pouvaient s’y tenir de front. Bien sûr, l’ennui était d’avoir à croiser quelqu’un. Dans ce cas, l’un des deux devait retourner sur ses pas pour laisser le passage. C’est ce qui arriva à Feng. Il se trouva en présence d’un personnage imposant, suivi de quatre serviteurs.

– Tu dois me laisser passer, ordonna le nouveau venu, d’une voix impérieuse.

– Je suis le plus engagé, répondit fermement le jeune homme. Je ne sais qui vous êtes et j’entends ne pas céder le passage. C’est à vous de retourner.

L’homme était très en colère. Il donna l’ordre à ses serviteurs de donner des coups de bâton à Feng pour lui faire rebrousser le chemin. Mais auparavant, il voulut connaître son nom, et il interrogea Feng.

– Qui es-tu pour oser me tenir tête ?

– Je m’appelle Feng, répondit celui-ci avec indignation. Et si vous me battez, vous regretterez cette mauvaise action.

A peine Feng eut-il révélé son nom que le voyageur se mit à genoux dans la boue du sentier et s’écria :

– Feng ! Feng ! mon bienfaiteur ! Pardonnez-moi ce qui vient d’arriver et faites-moi l’honneur de m’accompagner.

Feng voulu refuser, ne comprenant rien à ce changement d’humeur. Mais l’homme le prit par la main et l’entraîna sans le laisser réfléchir.

Arrivés aux abords d’un petit village, l’homme fit entrer Feng dans une très belle maison, avec des vérandas et des salles meublées luxueusement.

L’homme s’assit et parla enfin avec le plus grand calme.

– Ne crains rien de moi. Je suis le huitième prince du fleuve Tao. Quand tu m’as rencontré, je revenais d’une fête sur la colline de l’ouest, mais les invités n’étaient pas de mon rang et cela m’avait mis de forte méchante humeur. C’est pour cela que je me suis laissé aller à t’offenser. Crois que je le regrette fermement.

Ainsi Feng comprit qu’il était en présence d’un Génie. Les paroles aimables le tranquillisèrent et sa crainte se dissipa.

Les serviteurs du huitième prince de Tao avaient préparé un banquet et l’hôte invita Feng à s’asseoir, à manger et à boire en sa compagnie.

Un certain temps s’écoula …puis un coup de gong retentît. Le prince se leva alors et dis à Feng en lui tendant le bras :

– Voici l’heure de nous séparer, mais, auparavant, je veux te faire un cadeau. Tu ne pourras le conserver toujours, mais je ne le reprendrai que lorsque tous tes désirs auront été exaucés.

Alors Feng sentit que le prince lui pinçait fortement le bras. Cela lui fit si mal qu’il poussa un cri et que des larmes de douleur perlèrent à ses yeux.

Le prince souriait ; il dit simplement à Feng :

– Maintenant tu peux t’en aller, Ami Feng !

Il l’accompagna jusqu’à la porte et le salua profondément en prenant congé.

Feng fit quelques pas avant de se retourner pour adresser un dernier geste d’adieu. La maison, le village, tout avait disparu…

Seule une grande tortue marquée d’une tache blanche sur la tête, se balançait en se penchant vers le fleuve et glissa dans les eaux.

Alors Feng regarda son bras, à l’endroit où le prince avait pincé. Il vit le dessin d’une petite tortue, aussi parfait qu’un habile tatouage.

 

Ne comprenant rien à ce qui venait de se passer, Feng laissa son regard errer distraitement par terre.

Soudain, il tressaillit : il venait de distinguer une très grosse perle enfoncée profondément dans le sol boueux.

Il s’agenouilla pour creuser. Le perle gisait effectivement à une certaine profondeur. Elle était exceptionnellement grosse et brillante.

Feng était émerveillé du don qu’il avait de voir à travers la terre, d’y discerner des joyaux et des pierres précieuses, même à une grande profondeur. Il résolut d’e tirer parti.

De retour dans sa vieille maison, la première chose qu’il découvrit fut une incroyable quantité d’or enfoncée dans le sous-sol, et dont il n’avait jamais, bien sûr, soupçonnée l’existence.

Peu après on lui proposa une vieille masure à acheter, bien qu’elle fût en ruines. Feng alla la voir et aperçu, profondément enterrées dans le chemin, plusieurs barres d’argent. Il s’empressa de conclure l’achat.

 

Rapidement, le jeune homme accumula de grandes richesses. Dans les salles de sa maison, vinrent s’amonceler des quantités de joyaux rares et de pierres précieuses de toutes tailles et de toutes espèce, aux couleurs merveilleuses.

Dans un jardin abandonné, Feng fit la découverte d’un magnifique miroir. Au dos, de l’or et de l’argent incrusté composaient un étrange dessin. L’éclat du miroir était si brillant qu’on pouvait l’apercevoir à plusieurs lieues. Si, par exemple, une jolie jeune fille avait la fantaisie de s’y regarder, le miroir conservait son image jusqu’une autre belle jeune fille vînt, à son tour, s’y voir.

Quand Feng eut découvert le pouvoir magique du miroir, il le considéra comme le plus précieux de ses trésors et ne permit à personne d’y toucher.

 

Un jour, une nouvelle se répandit : la troisième fille du prince Su, Lotus Vermeil, dont la beauté était célèbre, devait passer là pour se rendre à une source située dans les montagnes.

Dès qu’il apprit la nouvelle, Feng partit en toute hâte vers les montagnes. Il se cacha près de la source où devait se rendre la princesse. Un rocher lui servit d’abri. Il attendit avec patience jusqu’à l’arrivée du cortège.

La chaise à porteurs où se trouvait la princesse s’arrêta tout près de l’endroit où Feng était dissimulé. On écarta les rideaux, et Lotus Vermeil descendit avec une légèreté charmante.

L’image de son délicat visage se refléta dans le miroir que Feng avait habilement disposé parmi les rochers.

Sans se faire remarquer de personne, il retourna chez lui en emportant le miroir magique et le posa avec admiration sur une petite table.

Le visage de Lotus souriait avec une grâce inexprimable. Ses lèvres paraissaient s’animer pour prononcer d’affectueux propos, et le regard suivant Feng dans les gestes qu’il faisait, de façon attentive et enjouée.

 

Feng tenait le miroir à l’abri des curieux. Mais, quand il était seul, il le déplaçait pour l’avoir toujours à portée de sa vue. Il contemplait inlassablement la jeune princesse.

Hélas ! Un jour le secret du jeune homme fut découvert. On ne sut jamais à la suite de quelle indiscrétion. En tout cas, le bruit se répandit dans le village que Feng était amoureux de la princesse Lotus, troisième fille du prince Su, et qu’il cachait son portrait dans sa chambre.

Bientôt la nouvelle parvint aux oreilles du prince lui-même. Sa fureur fut extrême. Il donna l’ordre d’emprisonner Feng et de confisquer l’image qu’il avait de la princesse. Quelque temps plus tard, le prince demanda à voir Feng pour le juger.

 

Quand le jeune homme fut en sa présence, le souverain l’insulta violemment et lui dit qu’il serait décapité.

– Je suis coupable, Seigneur, reconnut Feng avec dignité, et je ne puis espérer de pardon. Mais avant de me livrer au bourreau que votre Altesse sache une chose importante.

– Parle, dit le prince, et fais vite.

– J’ai la faculté de voir à travers la terre les objets précieux qui y sont cachés. Ma mort ne servirait à personne. Par contre, si j’ai la vie sauve, je serai en mesure d’accroître sans limite les richesses de votre Altesse.

 

Le prince ne voulut croire ce qui disait Feng et le renvoya en prison pour attendre l’aube, en vue de son exécution. La colère du souverain ne se calma que lorsqu’il fut revenu dans ses appartements. Sa fille bien-aimée, Lotus Vermeil, l’attendait.

– Père généreux, dit-elle, le sort de Feng me peine infiniment. Pourquoi le faire mourir ? Parce qu’il m’a vue ? Mourrait-il dix fois que le fait n’en serait pas modifié. N’est-il pas préférable que je l’ épouse, dans son intérêt comme dans le mien ?

Hors de lui le prince repondit :

– Jamais !

– Dans ce cas, répliqua la jeune princesse d’une voix douce mais résolue, je me laisserai mourir de faim.

Son père ne la croyait pas capable d’agir ainsi, mais le doute était dans son cœur. Il fit remettre l’exécution à trois jours plus tard.

Pendant ce temps, toutes les heures, il envoyait prendre des nouvelles de sa fille bien-aimée. On lui dit qu’ elle pleurait et refusait de prendre toute nourriture.

Le prince Su finit par céder, mais son courroux n’en fut pas pour autant apaisé. Il fit remettre Feng en liberté et permit à sa fille de l’épouser.

– Dès qu’il fut libéré de ses chaînes, Feng fut conduit chez le prince, qui lui fait pas de sa decision.

Feng était fou de joie :

– Je remercie votre Altesse. Je vais chez moi, chercher un cadeau pour ma fiancée… J’espère que votre Altesse ne regrettera pas sa décision et qu’il n’aura jamais à se repentir de m’avoir accepté pour gendre.

A peine rentré chez lui, le jeune homme prépara les cadeaux de fiançailles. Il habilla mille serviteurs de livrées somptueuses et remit à chacun d’eux un plat d’or rempli de pierres précieuses qu’il devait déposer aux pieds du prince Su.

Les serviteurs chargés de richesses ayant envahi la salle où trônait le prince Su, Feng arriva enfin en prononçant ces mots :

– Ceci est mon premier cadeau ; d’autres viendront encore. J’avais promis à votre Altesse d’augmenter ses trésors si elle me laissait la vie sauve : je tiens ma parole.

Devant le splendeur de toutes ses richesses, le prince se félicita d’avoir épargné la vie d’un jeune homme aussi fortuné. Il trouvait bien aussi d’avoir consenti au mariage. Mais les plus heureux furent Feng et la princesse Lotus Vermeil. Ils allèrent habiter un palais magnifique. Une place d’honneur était réservée au miroir magique, qui reflétait pour toujours le ravissant visage de la maîtresse de maison.

 

Feng continuait, grâce à son pouvoir, à découvrir des objets qui semblaient avoir été enfouis dans la terre pour l’éternité.

 

Des années s’écoulèrent dans le bonheur et la joie. Un soir que Feng était seul dans son appartement, il vit entrer le huitième prince du fleuve Tao, digne et noble.

Feng s’inclina avec respect et pria le prince de s’asseoir.

Mais il répondit :

– Je n’ai guère le temps de m’arrêter. Mes minutes sont comptées : je suis venu reprendre le talisman que je t’ai donné et dont tu n’auras plus besoin désormais.

En disant ces mots, le prince pinça si fortement le bras du jeune homme qu’il eut encore plus mal que la première fois.

Avant même que la terrible douleur se soit apaisée, le huitième prince du fleuve Tao avait disparu.

Feng souleva la manche de soie de son vêtement et vit que le dessin de la petite tortue avait disparu.

Il sortit alors de la maison pour saluer une dernière fois le prince qui l’avait si bien aidé, mais il ne vit rien si ce n’est une grosse tortue avec une tache blanche sur la tête et en tous points semblable à celle d’un pêcheur lui avait donnée aux temps de sa pauvreté. En se balançant, elle entra dans le fleuve où elle disparut.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.